La Global Taskforce, au-delà de l’Habitat III

Vingt ans se sont écoulés entre les deux dernières Conférences des Nations Unies sur les établissements humains (Habitat II et Habitat III, 1996-2016). Une période longue pendant laquelle les autorités locales et régionales ont dû faire un double effort :  

D’une part, organisationnel, en consolidant une voix unifiée avec laquelle se tourner vers le monde. Le résultat est la construction d’une grande organisation : Cités et Gouvernements Locaux Unis, CGLU. CGLU promeut le Groupe de travail global des gouvernements locaux et régionaux (ou Global Taskforce), duquel l’ORU Fogar fait partie, et qui se réunira la semaine prochaine à Barcelone.

D’autre part, de suivi et d’incidence, en élaborant et projetant leurs priorités face à un agenda international intense, exigeant, qui semblait ne jamais s’arrêter. 

À ce jour : le rendez-vous de Quito est finalement derrière nous, et un panorama plus dégagé apparaît devant nous, vecteur de nouveaux enjeux que nous devrons identifier lors de la prochaine rencontre. L’enjeu principal, à mon avis, fait référence au fait qu’il faudrait envisager des objectifs non pas tant orientés vers la reconnaissance institutionnelle formelle, mais plutôt à l’organisation et le déploiement de nos propres forces et capacités, et l’amélioration de leur impact. Tel que j'ai écrit ailleurs, la maturité des processus et des institutions globales et locales est en train de recentrer la recherche scientifique et pratique : de la demande d’espaces adéquats de représentation, à l’association efficace en une action conjointe; de la voix dans un espace diplomatique, à la participation responsable dans un système de gouvernance. 

En même temps que le mouvement local et régional améliorait son articulation globale, il y avait d’autres processus, non moins importants : d’une part, la reconfiguration des systèmes de gouvernance internationale, à partir des institutions des Nations Unies (ONU) et ses organismes spécialisés, notamment dans les domaines économiques et sociaux. D’autre part, la transformation de l’espace politique international. Des nouveaux acteurs concourent dans cet espace, avec leurs propres intérêts, alliances et stratégies, en façonnant une nouvelle diplomatie multilatérale, dont nous faisons également partie. 

Cinq idées pour opérer dans ce nouvel espace.

Première : nous sommes dans un environnement participatif (ou hyper participatif, comme on l’a noté à propos de l’élaboration de l’Agenda 2030), et ce qui différencie tous ces nouveaux acteurs  n'est pas tant leur typologie, que leur capacité de contribuer à la réalisation des objectifs communs. Les nouvelles formes de diplomatie ne fonctionnent plus par délégation de la voix et par la représentation, mais par une action plus directe parties prenantes, qui ne présentent pas une condition permanente d’acteurs, mais elles l’acquièrent en fonction de la matière concernée.  La légitimité démocratique, que nous exhibons habituellement, n’est ici qu’un argument –et probablement pas le plus décisionnel–. Il convient de veiller à ce que les contributions soient réelles.

Deuxième : le système s’oriente vers un travail interinstitutionnel et multisectoriel. La recherche de la reconnaissance institutionnelle doit s’accompagner du souci d’efficacité des nouveaux cadres de résultats –comme celui des ODD–. L’effort des autorités locales et régionales doit s’orienter vers cette insertion en termes d’efficacité : participation à la programmation, dialogue national de politiques, leadership territorial et, en particulier, accréditation précise et pertinente des résultats. En tant qu’articulation multi-niveau, l’efficacité est inclusive vers les acteurs, et informelle en termes de son fonctionnement. Et, encore, peu attentive à certaines de nos conceptions traditionnelles, comme la représentation démocratique, la décentralisation ou la stabilité dans les relations intergouvernementales.  

Troisième : nous devons être prêts à ce qu’il y ait d’autres voix territoriales (ce qui est positif), et à chercher des champions nationaux (ce qui est nécessaire). Comme l’a expliqué Chris Swope, l’atteinte de l’ODD 11 ou “objectif urbain” a été le résultat de l’effort conjoint de différents réseaux territoriaux et environnementaux. Les questions concernant le territoire sont de plus en plus un sujet de préoccupation globale et nationale. Si les villes et les régions sont fondamentales pour générer le développement, le bien-être et la cohésion, elles doivent affirmer leur leadership politique en construisant et en faisant partie d’alliances globales et axées sur le changement.

Quatrième : la capacité régulatrice n’est pas l’exclusivité du domaine intergouvernemental classique. Il est vrai que nous assistons à des avancées significatives en matière de réglementation inter-étatique en ce qui concerne les questions environnementales et énergétiques; mais de nouveaux espaces réglementaires mixtes (comme le G-20, ou le Comité de Bâle sur le Contrôle Bancaire), et d’autres nettement privés (comme l’Initiative de Transparence des Industries Extractives, ou la Clean Clothes Campaign). Des auteurs  comme Thomas Hale et David Held ont analysé et décrit ces nouvelles “institutions et innovations”, qui n’ont pas besoin d’avoir un caractère normatif pour être efficaces; il suffit qu’elles engagent leurs acteurs principaux ou qu’elles aient une qualité technique supérieure à celle atteignable par les régulateurs publics. Dans un contexte de plus en plus mondialisé, la gouvernance transnationale se spécialise et se privatise, en inversant la logique traditionnelle qui assigne la capacité réglementaire et régulatrice uniquement aux représentants des intérêts publics.  Les autorités locales et régionales doivent prendre note de cette évolution et diriger leurs efforts vers ces nouvelles formes de régulation internationale –et, pourquoi pas, créer les siennes–.

Cinquième idée: les réseaux d’autorités locales et régionales sont bien placés pour participer et pour ajouter de la valeur dans ce scénario. Les réseaux tirent efficacement profit du caractère hybride des gouvernements non-centraux. En tant qu’acteurs internationaux, ils possèdent des traits propres aux acteurs gouvernementaux, mais aussi aux non-gouvernementaux, et se trouvent de fait à mi-chemin entre les deux domaines majeurs des relations internationales : la société d’états et la sphère transnationale. Les réseaux non seulement unifient l’interlocution et aident à construire un positionnement, mais ils sont aussi des agents de formation, d’apprentissage mutuel, d’adaptation au cadre politique et administratif et, notamment, de diffusion des bonnes pratiques et de la bonne politique. Ces réseaux sont appelés à créer non seulement l’agenda que le niveau local projette vers le niveau global, mais aussi les formes d’insertion des niveaux politiques territoriaux dans les schémas mondiaux, à partir des tendances actuelles. 

 

Javier Sánchez Cano

Responsable de planification, suivi et évaluation

Direction Générale de Coopération au Développement de la Catalogne

Chef de file du Groupe de Travail 2030 de l'ORU Fogar 

 


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